Cette relation aurait pu s'améliorer malgré ce très mauvais départ, comme ce fut le cas lors du passage de Mathieu Valbuena à Lyon. Mais ici, les deux parties ne se rapprocheront jamais. Déjà agacé par le personnage et son passif, les supporters vont l'être également par la faiblesse du jeu proposé, ainsi que par les résultats.
En effet,
les supporters lyonnais ont été habitués depuis les années 2000 à voir leur
équipe déployer un football chatoyant et agréable. Cela se manifeste la maîtrise du
ballon et du match, des combinaisons, des gestes techniques, des buts et des
retournements de situations. En somme, tout ce qui fait que le football est avant tout un
spectacle, pour lequel les spectateurs paient, qui leur transmet des émotions
qu'ils ne trouveront nulle part ailleurs. Mais l'OL de Rudi Garcia s'éloigne de ces principes-là, le football bien huilé porté sur l'offensive laisse place à des victoires poussives, dépendantes de l'exploit individuel, qui doit son existence à l'absence d'expression collective de haut niveau.
Force est de constater que depuis son intronisation, les supporters de l'Olympique Lyonnais se sont plus souvent ennuyés que divertis au Groupama Stadium.
On entend parfois certains entraîneurs prononcer ce genre de phrases : « peu importe la manière, l'important, c'est les 3 points ». Or, le développement d'un jeu attractif et offensif est très souvent le meilleur moyen pour obtenir de bons résultats. L'inverse est également vrai, puisqu'avec un jeu ennuyant et stéréotypé, l'OL de Rudi Garcia rate la qualification en championnat à deux reprises en autant de saisons, et termine à de très anormales 7e puis 4e places.
Une relation avec Juninho compliquée par des visions différentes
Bruno Génesio entretenait lui aussi une relation conflictuelle avec les supporters durant son passage, mais qui devenait quasiment anecdotique tant il était soutenu au sein du club. Ici, la méfiance du public trouve un écho en interne par les tensions entre Rudi Garcia et son novice directeur sportif Juninho. Ce dernier, légende de l'Olympique Lyonnais dans les années 2000, revient dans le « club de sa vie » à l'été 2019, une décennie après l'avoir quitté. Mais le brésilien à troqué les crampons et le maillot contre un costume nouveau pour lui, celui de directeur sportif.
On se doute, lorsqu'on connaît la personnalité des deux hommes, que la mayonnaise prendra difficilement. Notamment car Juninho n'est pas à l'origine de l'arrivée de Rudi Garcia.
Retour en octobre 2019. Devant l'échec Sylvinho qui décrédibilise légèrement Juninho aux yeux des illustres dirigeants lyonnais, ces derniers se chargent du choix du prochain entraîneur.
Le directeur sportif n'a pas réellement son mot à dire lorsque Rudi Garcia est choisi. Après une parenthèse étrangère, nouvelle et ambitieuse représentée par Sylvinho, l'Olympique Lyonnais se tourne à nouveau vers une solution plus « classique », connue et rassurante que le directeur sportif ne semble valider qu'à contre-coeur.
Dans un club normalement constitué, le directeur sportif, en charge de toute la politique sportive du club, doit choisir l'entraîneur en fonction de la direction à donner au projet sportif, ainsi que de l'image qu'il veut donner à son équipe. Ici, Rudi Garcia doit son intronisation en partie à l'affaiblissement du poids de Juninho à la suite de l'échec Sylvinho.
Les deux hommes sont dans une position inconfortable. Juninho est contraint de travailler avec un entraîneur qu'il n'a pas choisi, et qui sait pertinemment que son supérieur ne souhaitait pas sa présence. Cette situation, révélatrice d'un dysfonctionnement au sein du club, se fera ressentir jusque sur le terrain. Seule une entente complice et complémentaire entre les deux hommes pouvait gommer l'erreur initiale. Elle n'arrivera pas.
Les deux hommes sont très opposés dans leur vision du football et du club. Là où l'institution et l'amour du maillot priment pour Juninho, Rudi Garcia adopte une vision plus court-termiste et souple. Même si ce dernier évoque « une relation passionnée avec beaucoup de hauts et parfois effectivement des échanges », leur entente sera surtout parsemée d'embuches.
Compte tenu des exigences liées au résultat et au jeu, qu'il tire de son passé victorieux de capitaine au sein du club (7 championnats de France, 1 coupe de la ligue, 1 coupe de France, 3 trophées des champions remportés), Juninho ne peut être satisfait du bilan de son entraîneur. Il semble parfois bouillonner intérieurement, lui qui insiste constamment sur l'état d'esprit irréprochable des joueurs, la combativité et l'amour du maillot.
Les « échanges » dont parlent Rudi Garcia portent en partie sur la gestion de l'effectif, composé majoritairement par Juninho depuis son arrivée.
Alors que ce dernier se démène pour attirer des pépites brésiliennes dans la capitale des Gaules, l'entraîneur titularise davantage des joueurs qu'il a lui-même choisi, souvent faible techniquement à l'instar de Maxwel Cornet, Karl Toko-Ekambi ou l'italien Mattia De Sciglio.
Il accorde à ses protégés une confiance aveugle qui vient dérouter la méritocratie qui doit être de mise pour garantir une concurrence et une vie de groupe saine, et à laquelle le directeur sportif accorde une grande d'importance.
Un bilan comptable global insuffisant
Si l'isolement de Rudi Garcia en interne, dont il n'est pas le seul coupable, n'a pas joué en sa faveur lorsque le sujet de sa prolongation est venu sur le tapis des dirigeants lyonnais, le bilan global de son mandat les a logiquement refroidi.
Le final 8 et le début de saison 2020-2021, deux arbres qui cachent une forêt qui brûle
Lorsqu'on évoque son passage d'un an et sept mois comme entraîneur de l'Olympique Lyonnais, il serait injuste de passer sous silence la performance lors du Final 8 ainsi que la première partie de la saison 2020-2021.
La phase finale de la Ligue des Champions 2019-2020, décalée à cause de la crise sanitaire lié au coronavirus, et remodelée pour l'occasion en des matchs à élimination direct qui viennent remplacer les matchs aller/retours, a permis à l'OL de signer une des plus belles aventures européennes de son Histoire.
En effet, les exploits contre les deux ogres européens que sont la Juventus Turin (2-2) et Manchester City (3-1) sont venus redonner de la joie aux supporters et au club qui n'avaient pas connu une qualification en demi-finale de ligue des champions depuis 2010.
Mais l'équipe de Rudi Garcia, que l'on pouvait logiquement classer comme la moins bonne des 8 présentes sur la ligne de départ, a profité de son statut d'outsider pour s'appuyer sur une défense à cinq, une combativité exceptionnelle et un jeu de contre des plus rudimentaires.
Tactique efficace contre des équipes qui pratiquent le jeu de possession à outrance et laissent des espaces dans le dos de leur défense, mais bien moins contre des équipes de ligue 1, souvent plus faibles, qui laissent la maîtrise du ballon à l'OL.
C'est alors que les défaillances collectives refont surfaces. L'équipe de Rudi Garcia manque cruellement de créativité offensive, de vitesse et de combinaisons astucieuses dès lors que se dresse face à elle des formations solides et frileuses, exploitants avec vitesse n'importe quels ballons de contre-attaques, mettant ainsi à défaut les défenseurs lyonnais et leur lenteurs.
La première partie de saison 2020-2021, à l'issue de laquelle l'Olympique Lyonnais se positionne en tête de la ligue 1 (11v, 7n, 1d) fait également figure de cache-misère tant la bonne dynamique s'est estompé rapidement et lamentablement.
Durant cette bonne période, l'équipe de Rudi Garcia est avant tout portée par son capitaine Memphis Depay, qui réalise par ailleurs sa meilleur saison sous les couleurs lyonnaises (22 buts et 12 passes décisives en 40 match, ttc). Elle devient véritablement « Memphis-dépendante » tant son influence sur le jeu lyonnais est importante. La majeure partie du plan de Rudi Garcia repose sur le néerlandais ainsi que sur son organisation en 4-3-3 qui fonctionne parfaitement dans un premier temps.
Mais la mascarade ne peut durer éternellement. Memphis ne peut cacher à lui tout seul les manquements tactiques d'une équipe cruellement en perte de vitesse à partir du mois de janvier. Les adversaires commencent à connaître ce fameux 4-3-3 et les Lyonnais peinent à surprendre les défenses adverses. Ils perdront trop de points contre des adversaires à leurs portée pour rester en haut du tableau. (2 points sur 12 possibles contre le FC Metz, Montpellier HSC, Stade de Reims et le RC Lens, et une seule défaite lors de la première partie de saison contre 5 lors de la deuxième, lors de laquelle l'OL concèdera 10 buts de plus que sur le premier semestre)
Devant le manque d'inventivité et de créativité des titulaires, les habituels remplaçants auraient pu intégrer l'équipe et peser de tout leur poids sur le cours de la fin de saison. Mais à force de ne pas être intégré à l'équipe, ces derniers arrivent à cours de rythme, alors que les titulaires tirent la langue. Pire, ils apparaissent démotivés et frustrés de leur traitement par l'entraîneur.
Djamel Benlamri, Melvin Bard Jean Lucas, Maxence Caqueret, Rayan Cherki, Moussa Dembélé et Islam Slimani ont joué en moyenne 780 minutes chacun cette saison, tandis que des joueurs au rendement décevant comme Maxwel Cornet, Karl Toko-Ekambi ou Léo Dubois culminent à plus de 2500 minutes chacun. Bien aurait pris à Rudi Garcia de suivre les exemples de ces confrères Christophe Galtier (Lille) et Nico Kovacs (AS Monaco), dont le turnover leur ont permis de finir la saison en boulet de canon avec des joueurs frais physiquement et mentalement.
Parmi eux, beaucoup sont de jeunes joueurs issus du centre de formation, qui n'ont pas pu progresser sous le mandat de Rudi Garcia, bien que celui-ci se vante du contraire : « J'ai l'impression ici que quand tu fais jouer deux joueurs, il faudrait en faire jouer quatre, quand t'en fais jouer quatre, il faudrait en faire jouer huit... Arrêtez un petit peu avec ça. Maxence Caqueret, Rayan Cherki et Melvin Bard, c'est moi qui les ai fait jouer ici, et personne d'autre avant moi. Il faut arrêter de me gonfler avec ça. Les jeunes, je les adore, ils sont là, ils sont bons et je les fais progresser pour qu'ils deviennent l'avenir de l'Olympique Lyonnais » balance-t-il sur OLTV en Aout 2020.
Or, lorsqu'on regarde la situation de chacun de plus près, on constate effectivement leur faible temps de jeu. Pire, certains comme Maxence Caqueret ou Melvin Bard peuvent se sentir extrêmement frustrés d'avoir été mis au placard sans explications après des performances pourtant à la hauteur.
Cette gestion pose davantage question en ce début de saison 2021-2022, alors que ces deux joueurs réalisent d'excellents matchs, à Nice pour le premier (8 matchs joués sur 9, un but marqué, une présence dans l'équipe type de la 9e journée de ligue 1 et une 3ème place avec son équipe), et toujours Lyon pour le second (2e plus gros temps de jeu de l'effectif et une place de titulaire indiscutable).
Malgré la déception au niveau du jeu, des résultats et de la gestion de l'équipe dans son ensemble, Rudi Garcia aurait pu signer un départ discret et élégant, mais ce n'est pas vraiment le style du personnage.
Un départ chaotique
Vous l'aurez compris, l'Olympique Lyonnais a eu la bonne idée de ne pas prolonger l'entraîneur français, ce que ce dernier a visiblement mal vécu.
Malhonnêteté, rancune et culture de l'excuse
Seulement 2 jours après le dernier match de la saison et la lamentable défaite subie à domicile face à l'OGC Nice (2-3) qui signe la fin des espoirs lyonnais pour accrocher une troisième place qualificative pour la Ligue des Champions, Rudi Garcia signe un départ fracassant via une interview incendiaire accordée à l'Equipe. Dans cette dernière, l'entraîneur désormais consultant pour Canal+ tire à boulets rouges sur son ancien directeur sportif Juninho, coupable selon lui, d'avoir saboté son travail et mis «des coups francs contre son camp». Il en profite également, comme à son habitude pour se dédouaner de toute responsabilité concernant la non-qualification en ligue des champions, en chargeant notamment les supporters : « J'ai été mal accueilli par certain mais je croyais qu'après les Coupes et le titre de champion d'automne, ça changerait ».